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Trail, la CCC Cоurmаyеur Chаmpеx Chаmоnіx

La CCC,  Cоurmаyеur Chаmpеx Chаmоnіx.

Un rêve éveillé, dans les pas des légendes.

  • Distance : 101km
  • Dénivelé : 6100D +

Participer à une course de l‘UTMB est une chance unique. Et encore plus après seulement deux ans passés sur les sentiers. C’est le 100km le plus réputé du monde !! On traverse 3 pays autour du légendaire Mont Blanc, un spectacle extraordinaire. Les ultras distances m’excitent, car il y a une sorte d’aventure qui se met en place. Je sais que la clé de cette aventure sera mon mental, c’est d’ailleurs surement l’élément le plus important à notre niveau, on part souvent pour le double de temps qu’un coureur élite. Être prêt physiquement et avec le bon état d’esprit. Je ressens l’enthousiasme autour de moi, celui de ceux qui m’accompagnent de près ou de loin, et qui eux aussi ont envie que ça se passe bien.Je m’étais largement préparé pour cet événement, une saison dessinée en fonction de cette date, maintenant en ultra on ne sait jamais si c’est suffisant, surtout quand c’est le premier et que tu t’entraînes en Normandie…donc une petite appréhension me guette.Pour cette aventure je serai assisté, soutenu par une amie Laura et sa maman Brigitte. Seulement 3 jours pour créer notre cohésion, apprendre à bien se connaitre pour une telle histoire

Un Jour sur la lune

6H, le réveil sonne 3h avant le début de la course, le matin de la course toutes les affaires sont prêtes. En me levant mon cerveau est donc concentré sur la course aucune autre distraction, des gestes habituels, une forme de rituel de confiance. Je veux garder une certaine routine pour ramener mon attention à ce pourquoi je suis là, et tout ça je l’ai travaillé pendant l’année. Je suis seul dans ma bulle le temps que Laura et Brigitte se réveillent et me rejoignent. Le temps est parfait le soleil pointe le bout de son nez derrière ce massif qui va me dominer pendant plusieurs heures.

J’aime être dans ma bulle avant les courses, être centré sur moi-même. J’aime cette sensation que je suis seul, j’aime me sentir petit face au parcours monstrueux qui m’attend et que je vais devoir affronter avec humilité.

Nous avons quelques kilomètres à effectuer pour rejoindre la ville de départ, Courmayer en Italie, en passant par le mythique tunnel du Mt Blanc. On décide de prendre large (1h30), sur le départ pour être tranquille et pouvoir profiter des instants si particuliers, entre stress et excitation. Mais toute cette organisation millimétrée va tomber à l’eau en quelques minutes, lorsque nous nous retrouvons arrêtés à 1km de l’entrée du tunnel, bloqués par un bouchon créé par l’afflux trop grand des concurrents de cette course. Ce qui devait être un moment de partage devient une torture, une horreur. Mon visage se décompose, j’imagine déjà le pire, rater le départ. La tension monte dans la cabine du camion, on essaye tous de garder notre calme, les filles ne veulent pas me transmettre et me montrer leur stress. Apres plus d’une heure d’attente, on arrive à rejoindre Courmayer.

On stationne le camion rapidement, le temps que je saute de mon siège, enfiler mes chaussures et partir en direction  du sas avec Brigitte à mes cotés.

Il est temps de partir

9h15 : j’y suis, la tension est encore forte, mais je vais prendre le départ que j’attends et dont je parle depuis 2 ans.

Des conditions parfaites, à mon sens. Ni trop chaud, ni trop froid. La plupart des coureurs ont tendance à partir trop vite. J’aime courir en « negativ split » c’est à dire en partant prudemment. Donc courir la deuxième partie plus vite, ou en tout cas garder un maximum de force. J’ai la chance de retrouver mon ami Damien, avant de partir, à l’entrée du sas 2. Son humour et sa décontraction me permettent de vite oublier le stress de la dernière heure.

9h15 la musique de Vangelis retenti, c’est le lancement de la deuxième vague de coureurs. Waouhhh qu’elle ambiance ! Cette petite boucle en ville est un régal. On garde le pas avec Damien, partager les premiers kilomètres avec lui, à mes cotés, m’ont permis de me détacher de l’épreuve, des enjeux, de la pression d’une première distance aussi longue. Plus détendu, plus apaisé dans le rire et le partage. Au début les chemins sont larges et permettent de bien étirer le peloton sans gêne. Au premier single…bouchon qui dure une quinzaine de minutes avant de repartir les un derrière les autres. Nous sommes toujours deux et le spectacle proposé par cette nature est splendide. Le premier sommet est atteint plutôt tranquillement, puis on rejoint le premier ravitaillement au kilomètre 15, le refuge de Bertone. C’est ici que nos chemins vont se séparer avec mon acolyte, ne le voyant plus je suis reparti rapidement pour le rattraper mais erreur il est encore derrière et on ne se reverra plus (Malheureusement il abandonnera sur blessure au Km 50). Cette partie est plus roulante j’essaye de ralentir la cadence, pas trop perdre d’énergie sur des passages simples. J’en profite pour doubler quelques concurrents et me rendre compte de l’ampleur et l’attrait pour cette événement. Je suis choqué par le nombre de nationalités différentes, tous les continents sont largement représentés.

La matinée a bientôt donné son verdict, et le bruit du ravitaillement d’Arnouvaz commence à percer le silence. Je suis assez impatient car je sais que je vais retrouver mon assistance, même si il est interdit de m’aider, pouvoir échanger sur mon début de course, pouvoir évacuer certaines choses positives et négatives vont faire le plus grand bien. J’attaque donc cette descente, assez raide mais peu technique. Je garde un bon rythme en descente les sensations sont bonnes. Je suis content de mon premier tiers de course, extrêmement bien géré, dans les temps prévu voir même en avance. Je prend beaucoup de plaisir, je m’éclate. Mais peut être un peu trop. Trop dans mes pensées, je suis beaucoup moins attentif, et sur une racine ma cheville va tourner, la douleur est forte. Je boitille quelques mètres, m’arrête pour regarder, puis repars rapidement pour rejoindre le ravitaillement. Dans ma tête c’est la dégringolade comme si tout s’effondrait. La peur de l’abandon au moment ou tout va si bien. Je sers les dents, pour rejoindre la collation, une seule idée voir mon assistance. J’arrive sous le chapiteau, la tête ailleurs, l’inquiétude est trop présente et je fais une grosse erreur….je passe trop vite et me ravitaille trop peu. J’échange rapidement avec les filles sur ma cheville et mes sensations puis je décide de repartir pour voir comment va évoluer la douleur.

Il est temps d’attaquer le Grand Col Ferret qui marquera la frontière entre Italie et Suisse. Début d’après midi, il fait chaud et déjà je sens un problème. J’avance plus, c’est dur. Je scotch, mes jambes sont lourdes la tête tourne….je comprends rapidement que je fais un début d’hypoglycémie. Pas de panique ça ne serre à rien je suis pas seul, je ressens la souffrance aussi autour de moi, je prends bien le temps de m’alimenter est avance doucement mais surement.

L’arrivée au sommet est juste magique, un panorama extraordinaire que seul la montagne peut nous offrir. Ce moment ou tu oublies et tu profites des couleurs, des odeurs et de la chaleur du soleil sur ton visage. Allez on traîne pas maintenant très très très longue descente, quasiment 20 kilomètres pour rejoindre le prochain point d’assistance au Km50.

Cette section sauvage, est un plaisir solitaire. Je sens le sourire sur mon visage, dans ma tête un enfant qui s’amuse à sauter, courir, émerveillé et tellement reconnaissant d’être là….profiter de cette chance, oublier l’effort.

Je vois pas le temps qui passe, tous les changements, toute cette diversité autour de moi c’est unique.

Le ravitaillement de la Fouly pointe le bout de son nez, pas d’erreur cette fois je prends le temps, une quinzaine de minutes pour manger et regarder mes messages, donner des nouvelles. Puis repartir en sachant que le prochain stop c’est la mi-course avec assistance.

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Une autre course dans le noir

La longue descente après le grand col ferret (2537m) à laissée quelques traces, j’ai utilisé beaucoup d’énergie. Le jour commence à décliner, la fatigue commence à dire bonjour ou bonsoir. Une longue section de route me « cartonne » et après la montée vers Champex-Lac a été un peu compliqué, un gros coup de moins bien. J’ai du mal à savoir comment je dois faire, le corps craque doucement, la tête manque de lucidité.

Je rentre dans le plus gros ravitaillement de la course, Brigitte me rejoint sur le banc, seule car impossible de rentrer à 2 pour assister un coureur. Je suis effondré, pas de mots, très peu de communication, je sens l’inquiétude sur son visage, elle me voit dans un état second, elle est clairement désemparée mais elle fait exactement les bons gestes avec tellement de bienveillance. Le silence est certainement la meilleur chose à ce moment la. Quand on est perdu, il faut revenir aux fondamentaux. Je respecte donc les habitudes, manger et boire et changer mes vêtements comme prévu, la base. Rester simple et rien forcer. Évacuer les bonnes et mauvaises pensées. Je suis sur le point de repartir quand Laura arrive à rentrer sous le chapiteaux. Tout de suite je sens une boule d’énergie me frapper en pleine tête. Sa joie de vivre et son optimisme contagieux fait encore mouche. Tout de suite elle me réveille et me motive. On repart à 3 pendant les premiers mètres, un moment qui restera gravé, autour du Lac, couché du soleil lumière rosée, un moment comme suspendu que l’on partage à 3 pendant NOTRE aventure. Allez le rendez vous est donné à Trient dans 5h.

Frontale vissée sur le front il est temps d’attaquer le moment que je redoute…ma première nuit en montagne.

Cette première expérience est une connexion avec moi-même, moi contre le monde. La nuit tout s’arrête, tu as un champs de vision de 2m sur la nature mais sur toi il est clairement plus grand. J’avance donc illuminé par cette petite Led.

Toujours un pas après l’autre, je garde le rythme. Le silence comme seul partenaire, et les frontales qui tracent le parcours devant moi comme objectif.

Arrivée à Trient on a dépassé les 70km de course. Le mental va bien le corps pique mais c’est cool, c’est motivant … je vais voir du monde que je connais, même si je suis un peu moins bien physiquement, elles vont savoir me remonter le moral, me booster et ça me permettra de reprendre un petit coup de motivation. Niveau timing, je suis toujours dans les temps, 15min d’avance sur les prévisions, un véritable métronome pour le moment.

Je me restaure tranquillement dans une superbe ambiance, les Suisses savent accueillir. L’objectif est maintenant de rejoindre la France et le dernier ravitaillement de Vallorcine.

Difficile de décrire ce qu’il se passe, le décor noir est toujours le même. Quelques vues sur les villes éclairées pour nous rappeler à la civilisation. Je commence à souffrir doucement dans cette partie, et la première descente française fait mal, elle me semble interminable. Le froid commence à se faire sentir, il est 2h du matin et la rivière « L’Eau Noire » glace l’atmosphère.

Le début de la Fin

J’arrive au dernier ravitaillement de Vallorcine avec un petit moral, je me demande si vraiment ça vaut le coup de continuer, à quoi ça sert ?

Et puis dans ma tête ça bouillonne, je pense à tout le monde, ceux qui m’attendent, ma famille qui au réveil va se dire « Alors il en est ou ? ». Tu te raccroches à toute cette préparation, toute cette attente, la tienne et celle des autres. Depuis le début je sais que pendant cette aventure autour du Mont Blanc j’allais devoir gérer une foultitude d’émotions qui ne sont pas toutes positives. Il faut repartir, ne pas regretter. Je repars fatigué de Vallorcine, je suis vraiment bien entamé. Je suis seul le long de la rivière, frigorifié, chaque expiration apparaît comme une petite bouffée de brouillard, mais j’avance jusqu’au col des Montets.

La descente aux enfers commence au pieds de l’ascension de la tête aux Vents, avec un enchaînement de points négatifs qui me tirent vers le bas. Plus de plaisir, plus de sensations. Beaucoup de bruit de bâtons, on est dans la nuit, il fait froid. Des moments compliqués ou on perd la connectivité avec cette nature.

Qu’est ce qui m’a freiné ? Je me suis laissé influencer par mon mental. Il a placé des obstacles sur ma route et a réussi à me faire quasiment perdre mon objectif, à me désorienter, à me détourner de ma cible et à anéantir toute volonté d’y parvenir. Quand je commence à réfléchir autrement c’est là que je prends moins de plaisir aussi. J’avais comme objectif d’éviter ce moment, je voulais finir en prenant le plus de plaisir possible. Cette idée je la sentais me glisser des doigts.

Cette montée est un calvaire pour moi.Mon corps a explosé, il a décidé de me lâcher, il a fallu aller chercher ailleurs. Il n’était que douleurs, mon sac était incrusté sur mes épaules, mon dossard me lacérait le ventre et la frontale me transperçait le front. Mes muscles complètement déchirés, mes pieds tuméfiés par les pierres. Mais j’avance même si le chemin est difficile. A mon rythme, un pied après l’autre en regardant devant, les larmes sur les joues froides.

Tu as toujours un petit doute au fond de toi en te disant « essaye continue encore un peu, ça va peut-être s’améliorer, il n’y a pas de raison ». Il y a tous ces sacrifices c’est pas possible d’arrêter là. J’arrive je ne sais comment au dernier point d’eau, Chamonix est là sous nos pieds. Véritable animal airant sur les sentiers. Je rentre dans cette petite tente blanche. 4 ou 5 bénévoles sont là pour nous servir chaleureusement. Une petite dizaine de coureurs se restaurent. J’ai cette impression d’être un autre, que le bruit a disparu, le silence comme si j’étais perdu. Je m’assois, j’observe le regard vide, et je décide d’abandonner la partie. Le jeu doit s’arrêter. Quelques secondes puis je me relève et je sors. Il reste 8km, je vais aller finir cette course, même dans la douleur. Après 1km je me rends compte que j’ai pas rempli mes gourdes, et pas mangé. Suis-je fou ? Surement.

J’ai perdu 2h sur cette section, c’est quoi 2h quand tu connais la suite…

Il y a cette ligne droite le long de la rivière froide (L’Arve) ou tu es seul avec toi même tu sais que c’est la fin. Tu repenses à tout ce qui s’est passé pendant les 22h, tu commences à oublier la fatigue, les douleurs et j’essaye d’allonger la foulée. Il est 8h dans Chamonix, il y a du monde qui m’encourage, qui tape sur les barrières, qui scande mon nom, tu as cette impression de gloire. Tout est multiplié par 100, il ne sont en fait qu’une poignée à cette heure dans les rues à t’encourager, te féliciter, mais cette sensation est monstrueuse. Laura est là pour m’accueillir et faire les 400 derniers mètres avec moi. Elle a cette classe de rester derrière moi, de me laisser vivre mon moment, tout en m’encourageant avec encore une fois, et une dernière fois les mots qui touchent.

Pour le moment je ne peux qu’évacuer l’émotion pure, parce que je comprends que j’ai réussi ce que je me proposais de faire, malgré les énormes difficultés et les souffrances.

Dans ces moments là je ne suis pas fier de moi, de ce que j’ai obtenu, ni d’avoir partagé cette aventure physique et surtout émotionnelle avec mes assistantes de choc qui m’ont accompagnées. Tout cela viendra après, lorsque les larmes laisseront place à la réflexion et l’analyse de ce que j’ai accompli.

Je regarde le sol et je ne peux contenir mes larmes. Pas besoin d’être un compétiteur pour vivre l’émotion et les sensations d’une arrivée de course, celles qui vous submergent alors que vous coupez la ligne.

Finisher d’une véritable aventure Humaine

Je ressors toujours plus grand de telles aventures, j’ai découvert que mon corps n’a pas de limites, je vois qu’elles n’ont rien à voir avec notre corps mais dépendent de notre mental, notre motivation, notre envie de réaliser nos rêves.

Il faut vraiment de la passion, être prêt à vivre des moments très durs, seul dans l’anonymat le plus fort mais aussi des moments de pur  bonheur porté par les gens.

L’ultra c’est si particulier, une course ou chaque pas, chaque pensée, chaque gorgée ou même chaque bouchée compte et le hasard n’a clairement pas sa place. Au delà de l’aspect physique il faut savoir garder un maximum de lucidité. Les émotions, qui peuvent être bonnes et faire couler les larmes, mais il y a aussi les mauvaises qui offrent les pires souffrances et elles aussi font couler les larmes.

Maintenant j’ai conscience que je peux le faire !

Maxime LE BAIL I Ambassadeur Kiwami Racing Team