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Championnats de France de Triathlon LD 2020.

Championnats de France de Triathlon LD 2020.

Compte-rendu de course

William Mennesson, ambassadeur Kiwami Racing Team

5ème à l’arrivée, bien loin de ce que je visais lorsque je me suis inscrit à cette course, initialement planifiée fin mai, mais je ne peux pas être déçu compte tenu du contexte de ces derniers jours.

J’ai fait le choix d’enchainer les courses ces dernières semaines, un dossard par week-end, le Triathlon U côte de Beauté, le Ventouxman puis enfin le

TriGames support des Championnats de France. Pour avoir déjà enchainer 3 courses en 3 week-ends, je sais que je « monte en puissance » généralement sur les 3 semaines et que je performe mieux sur les 2 dernières que la première.
Sauf que cette année il y a eu quelques complications. Depuis le triathlon de Royan je suis légèrement malade. Une bactérie ou un petit virus est venu se glisser dans mon ventre. Trouble digestif, difficulté à m’alimenter, récupération plus longue, fatigue, nausée…
Cette situation vient s’aggraver à la suite du Ventoux ou j’ai fait une belle hypothermie. J’ai été assez surpris le lendemain et le surlendemain de n’avoir aucune courbature… je mettais ça sur le fait que je ne m’étais pas « rentré dans le ventre », sur la fin du vélo et la partie course à pied car complètement congelé. Mais cette fraicheur apparente était trompeuse, la fatigue était bien là, mais ancrée par le froid très profondément dans les muscles. J’ai pu m’en rendre compte en essayant de mettre un peu de rythme à vélo mercredi dernier. Les cuisses étaient tétanisées, chargées de toxines, 2 « bouts de bois » comme on dit. Pousser 300 Watts était pénible alors que c’est censé être de l’endurance active pour moi. Bref changement de plan, cette semaine sera finalement de la récup, pour essayer de retrouver un peu de fraicheur avant dimanche. Je sens que mon ventre ne va pas au mieux et que ça ne s’arrange pas, perte d’appétit, sensation de fatigue, et je n’assimile pas ce que je mange. Jeudi soir ça sera la bascule. Je pars faire un petit footing, au bout de 3kms, j’ai des nausées et un mal de crâne à faire oublier n’importe quelle migraine. Je décide de rentrer en marchant à la maison, impossible de continuer dans cet état. Ca ne m’était jamais arrivé. 2h plus tard, le diner, le déjeuner, et le petit dej’, tout ressort par en haut, la bassine est pleine. Clairement il y a quelque chose qui cloche. Prendre le départ d’une course dans 2 jours semble alors compliqué, je me sens très faible.
Vendredi toujours vaseux, je mange un peu, pas de sport, j’essaye de me reposer. Samedi j’arrive à faire 40’ de home trainer à 200W et une petite natation. Mon ventre fait toujours des siennes, je suis toujours fatigué et j’ai quelques troubles digestifs, mais pas de vomito ce jour. On récupère les dossards pour la course du lendemain avec Charlène puis on avisera le moment venu en course.
Auto-massage le soir car des nœuds et des pointes musculaires sont apparus dans les ischios et aux périostes. Surprenant vu que je n’ai pas couru depuis 3 jours. C’est la fatigue profonde présente dans les muscles du début de semaine qui commence à ressortir, un peu partout. Ce petit virus ayant complètement acidifié et oxydé mon corps. Je ne me suis presque pas entrainé de la semaine mais j’ai l’impression d’avoir fait 6h de vélo et un marathon par jour.
Des championnats de France à la maison avec un si beau parcours, et un plateau élite de ce niveau, ça ne peut pas se refuse
Je prendrai le départ si je me sens capable physiquement d’avancer et puis je continuerai jusqu’à ce que mon ventre, ou mon corps me disent « stop », peu importe le résultat à l’arrivée, franchir la ligne sera déjà une petite victoire. De toute façon c’est un peu ce qu’il s’est passé sur chacune des courses ou j’ai pris le départ cette année. Advienne que pourra!
Vu le plateau inscrit, mon état de santé et d’énergie je n’aurai de toute façon pas les armes pour jouer devant.

Dimanche 27 septembre.

Prévision météo : soleil, pas de vent, frais le matin mais 25 degrés l’après-midi… Enfin une météo normale et agréable pour courir… Après les conditions du Vercorsman et du Ventouxman ça fait du bien au moral.
Sauf qu’il fait vraiment frais, 10 degrés dans la voiture en arrivant sur place à 6h du matin, et un petit vent glacial qui ne fera que se renforcer. On nous annonce une température de l’eau à 14 degrés…elle était à 24 il y a 4 jours mais un bon coup de mistral est passé par là. Même en Normandie la mer est plus chaude en ce moment.
Prise de température de chaque athlète à l’entrée du parc. Plus de 38 degrés et on n’a pas le droit de prendre le départ, COVID oblige.
Résultat, 34,9 degrés… Je viens de sortir de la voiture et je suis déjà en hypothermie, il fait 10 degrés, il y a du vent, l’eau est à 14 degrés, et il faut nager 3000m là-dedans… Ca va être sympa ! Moi qui espérais un peu de chaleur, pour courir « dans mon élément » ça ne sera pas encore pour aujourd’hui, mais vu ce qu’on a mangé au Ventouxman la semaine dernière, il faut relativiser. Au moins il fait beau.

Installation dans le parc,

Léo Bergère me dit qu’il va mettre un maillot sur le vélo et Romain Guillaume me demande si j’ai pris un coupe-vent ou des manchettes… Evidemment non, je pars « tout nu », juste en trifonction, je m’attendais à un beau soleil et à transpirer… pas à grelotter, je n’ai rien prévu…
7h25 départ des femmes.
7h30 départ des hommes. On se jette à l’eau dans un beau shore-break. Le vent ayant levé de belles vagues et une belle houle. 3000m au programme. 2 boucles de 1500m sous forme de rectangle avec une sortie à l’australienne au milieu.
Vue la température de l’eau et ma mésaventure au Vercorsman où mes bras se sont engourdis au bout de 10 minutes, pris par le froid, je décide de partir prudemment.
Je ne sais pas trop ce qu’il se passe autour, qui est parti devant, qui nage à côté de moi, j’essaye juste de me concentrer sur ma nage, mon relâchement et mon orientation. Objectif zéro crispation et ne pas prendre froid.

Au final les 2 boucles se passent plutôt bien, pas eu froid, pas eu de crampes, et j’y ai même pris du plaisir… bon honnêtement j’étais quand même content que ça se finisse et les 200 derniers mètres m’ont paru un peu long. Petit check rapide lorsque je sors de l’eau je vois

Romain Guillaume – Triathlete -et Kévin Rundstadler , avec moi, tous les 2 très bon nageurs donc je suis assez rassuré et je me dis qu’on n’a pas trop mal nagé. Mais je vois aussi
Erwan Jacobi Triathlète qui n’a presque pas nagé et qui était sorti 2’ derrière moi au Vercorsman. 1 partout, balle au centre, sentiment mitigé, mais le temps de s’attarder.
T1 efficace pour une fois avec le 5ème temps, et c’est parti pour la partie vélo.
Les premiers kilomètres sont urbains et assez roulants. Je sens tout de suite que quelque chose ne va pas. J’ai les cuisses tétanisées. La fatigue profonde de la semaine dernière est toujours là. Je peine à mettre 300W en position aéro (vs. Les 340 visés) et je suis obligé de me relever en permanence et de me mettre « debout sur les pédales » pour relancer. Je positive, c’est peut-être le froid, ça ira mieux un peu plus tard… Dès l’attaque des premières pentes je me détache du groupe avec lequel je suis sorti de transition et je pars à mon rythme. J’avais prévu de monter à environ 5-5.2Watts/kilo toutes les bosses. Je savais qu’en grimpant à cette allure et en imprimant un gros tempo sur le plat ça m’assurait un joli vélo, et me permettait de courir correctement derrière.
Problème, je ne peux toujours pas pédaler assis. Dès que je m’assois je perds 100 Watts et j’ai l’impression qu’on me déchire les cuisses. J’avise, je grimpe tout debout. Ce n’est pas du tout dans mon habitude, je sais que je vais toxiner dans les bras à un moment donné, mais c’est la seule solution que j’ai aujourd’hui. J’arrive, dans cette position, debout sur les pédales, à tenir à peu près les watts cibles et à suivre mon plan de course. J’avais prévu avec mes simulations d’arriver en haut du col de Vence en 58’, et je passe en 58’35. Avec une montée du col de Vence en 28’42 (temps du segment Strava, 5.1W/kg), pour 28’30 de prévu. Les 35 secondes étant dues au départ qui est toujours un peu chaotique, au milieu urbain des premiers kilomètres qui oblige à freiner de temps en temps, et à la perte aéro de grimper debout plutôt qu’assis. Jusque-là tout va presque bien. Je ne pense pas à la suite, et fais comme si c’était une course normale, avec un état de forme normal, je me bats pour faire le meilleur résultat possible. Je dépasse Dylan Magnien à 2 kms du sommet et je passe bascule en 4ème position après être sorti de l’eau 17ème. Je sais que si je veux avoir une chance de finir devant Dylan, il faut que j’ai au moins 3 minutes d’avance sur lui à la fin du parcours vélo, c’est un excellent coureur.
On m’a annoncé la tête de course à 6’ devant moi au début du parcours de vélo et de nouveau à 5’ devant en haut du col de Vence, je fais donc jeu égal avec les athlètes devant moi, Léo Bergere, Clément Mignon, et Mathis Margirier, ce qui vu ma condition physique me satisfait plus que largement. Je ne pensais juste pas qu’on prendrait plus de 5’ dans l’eau. J’étais sorti de l’eau avec Clément il y a 2 semaines à Royan et à 50 secondes de Mathis, sur un parcours de 2000m. Perdre 1’30 sur Clément et 2’ sur Mathis ne m’aurait pas surpris sur 3000m, les conditions du jours étant très particulières avec le froid et les vagues… mais 5’, ça fait beaucoup. On n’a peut-être pas si bien nagé que ça finalement, et devant c’est allé très vite.
Je bascule en haut du col de Vence avec Dylan à quelques dizaines de mètres derrière moi, il s’est bien accroché sur la fin de l’ascension. On attaque une portion roulante, en position aéro, sur les prolongateurs. Impossible d’appuyer sur les pédales en position aéro. Impossible aussi de me mettre debout sur les pédales, on va à plus de 45kmh. Je suis à l’agonie, les larmes aux yeux, tellement ça fait mal, en poussant péniblement 280W, on n’est même pas sur des valeurs de puissance Ironman et j’ai l’impression de jouer ma vie poursuivi par un ours !
A partir de là ça sera un long chemin de croix jusqu’au parc à vélo. Les bosses avec des pourcentages entre 4 et 6% ne sont pas assez raides pour que je puisse les grimper debout sans prendre du vent, et je ne peux pas appuyer en étant assis, les watts ne sont plus au rendez-vous. Chaque coup de pédale que je fais assis sur ma selle casse encore un peu plus les fibres musculaires de mes cuisses, ça fait mal, très mal.
Je ne ferai que perdre du temps sur la tête de course à partir de ce moment-là, pour finalement poser avec 12’ de retard… 7’ dans la vue en 1h30 de course alors qu’il n’y avait aucune vraie difficulté. Je rentre toutefois au contact de Léo Bergère qui a pris froid dans le col de Vence. Personne n’est revenu de l’arrière alors qu’il y a de très bons cyclistes et c’est une petite satisfaction personnelle au moment de rentrer dans le parc, vue ma forme du jour. Ce n’était peut être pas si catastrophique que ça… Clément et Mathis sont loin devant. Dylan rentre dans le parc 30 secondes après moi. Je lui avais repris 5’ en 1h de course et je n’ai creusé ensuite que 30 secondes supplémentaires en 1h30… un peu catastrophique quand même finalement.
Grâce à une transition éclaire (il avait mis les chaussettes à T1), il ressort en même temps que moi du parc. Enfin même devant moi car juste avant de sortir du parc, mes 2 cuisses se mettent à cramper et je suis obligé de rester 20 bonnes secondes à l’arrêt pour les masser et essayer de les relâcher. Il va être long ce semi ! J’essaye de partir en gérant les crampes, sans regarder la montre, on verra bien ce que ça donne, pas d’objectif de résultat, juste courir tant que mes jambes, ou mon ventre (qui a été plutôt tranquille jusque-là), me laissent tranquille. Je croise le 3ème puis le 4ème groupe qui rentre dans le parc, je dois avoir entre 1 et 2’ d’avance puis environ 4’, tout au plus, et il y a de bons coureurs parmi-eux. C’est avec tout ce beau monde que va se jouer le top 10. Étonnamment les premiers kilomètres défilent assez vite, 3’30-3’35/km. Je passe Léo au bout de 2 kilomètres et je suis donc 4ème. Je sais que je n’ai aucune chance de revenir devant, mais si j’arrive à gérer mes crampes et continuer sur cette même allure, une 4ème place est peut-être jouable, mais je ne m’enflamme pas. Derrière en chasse il y a Erwan Jacobi, et Kévin Rundstadler puis Romain Guillaume et Thomas Navarro un peu plus loin. L’écart ne bouge pas sur la première boucle, toujours une petite minute d’avance sur mes poursuivants. Je sens que mon ventre commence à grimacer et je décide de faire un arrêt au stand. En ressortant de la cabine, ce sont les ischios qui font la grimace (passer de la position assise à debout…). Je me masse un peu, puis repart en trotinant. 1’ de perdue. Je fais l’effort progressivement pour recoller à Erwan et Kévin qui m’avaient doublé pendant ma pause technique. 4, 5 et 6ème. On court foulée dans foulée un petit moment puis Kévin lâche un peu de terrain (ou peut être qu’Erwan accélère…), je m’accroche à la foulée d’Erwan aussi longtemps que je peux tout en gérant les crampes. Je fais le yo-yo derrière, dès qu’il accélère un peu je lache 20m, puis j’arrive à revenir lorsqu’il ralentit. Mes cuisses sont au bord de la tétanie. J’ai une foulée qu’il ne faudrait surtout pas montrer en école d’athlétisme, mais ça court quand même en 3’35-3’40/km… et pourtant c’était mal partie en sortie de T2. La deuxième boucle se continue de la même façon, Erwan fait le tempo, je fais le yo-yo, et Kévin perd un peu de terrain, une vingtaine de secondes au moins. Derrière c’est à plus de 2’ pour Thomas et Romain. Au milieu de la 3ème boucle, lorsque je crois me sentir un peu mieux (c’était plus un sentiment qu’une réalité), j’accélère légèrement et je créé un léger gap sur Erwan, je finis cette 3ème boucle avec 20 secondes d’avance sur Erwan, et 35 secondes sur Kevin. La 4ème boucle sera terrible. Les crampes se font sentir de plus belle, je suis obligé de ralentir l’allure sous peine de m’arrêter. J’ai l’impression d’être posé. Erwan a aussi fait un arrêt au stand derrière moi et c’est Kévin que je vois revenir comme une fusée (enfin fusée par rapport à l’escargot que j’étais, il a juste très bien géré sa course à pied). Je cours péniblement à 4’05/km, impossible d’aller plus vite, mais j’ai l’impression d’être en sprint, musculairement il y a eu de la casse. Il me dépasse à 2 kms de l’arrivée sans que je ne puisse rien faire. Je finirais en m’accrochant comme je peux car derrière ça court toujours fort, et l’écart fond à vue d’œil… 5ème à l’arrivée.
Jamais autant souffert musculairement sur une course, Embrun à côté c’était une promenade. Prendre le départ d’une course malade, pourquoi pas, mais on ne fait pas de miracles.

Un grand merci à l’organisation ainsi qu’à tous les bénévoles d’avoir permis la tenue de cette course, malgré le contexte sanitaire!

Merci également à tous les supporters sur le bord de la route!
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